Plusieurs années après l'essor massif de l'intelligence artificielle générative dans le monde professionnel, les premières études économiques approfondies livrent un tableau plus nuancé qu'attendu sur son impact réel sur l'emploi en France, entre automatisation de certaines tâches répétitives et création simultanée de nouveaux métiers techniques.
Contrairement aux prévisions les plus alarmistes formulées il y a quelques années, les destructions massives d'emplois annoncées ne se sont pas matérialisées à l'échelle redoutée, les entreprises ayant majoritairement choisi d'intégrer ces outils comme des compléments aux compétences humaines existantes plutôt que comme des substituts directs, du moins sur la période observée jusqu'à présent.
Des transformations de poste plus que des suppressions
Les économistes du travail observent surtout une transformation profonde du contenu de nombreux postes plutôt que leur disparition pure et simple : les tâches les plus répétitives de rédaction, de traduction ou d'analyse de données préliminaires sont de plus en plus automatisées, tandis que les salariés concernés voient leur temps libéré réorienté vers des activités de supervision, de créativité ou de relation client à plus forte valeur ajoutée.
Cette transformation n'est toutefois pas homogène selon les secteurs et les niveaux de qualification : les métiers intermédiaires de traitement de l'information, historiquement moins exposés aux vagues d'automatisation précédentes, apparaissent désormais parmi les plus directement concernés par ces nouveaux outils, créant une inquiétude particulière chez les professions intellectuelles jusqu'ici considérées comme relativement protégées.
De nouveaux métiers techniques émergent
Parallèlement à ces transformations, de nouveaux métiers techniques émergent rapidement, notamment autour de la supervision et de l'amélioration continue des systèmes d'intelligence artificielle déployés en entreprise, ainsi que des fonctions dédiées à la vérification de la fiabilité des contenus générés, un enjeu de plus en plus pris au sérieux par les directions des entreprises utilisatrices.
Ce qu'il faut retenir
- Les destructions massives d'emplois redoutées ne se sont pas matérialisées à grande échelle.
- Les métiers intellectuels intermédiaires sont parmi les plus directement transformés.
- De nouveaux métiers techniques de supervision émergent rapidement.
Les organismes de formation professionnelle continue rapportent une demande croissante pour des formations à l'usage raisonné de ces outils, signe que l'enjeu principal pour de nombreux salariés réside désormais moins dans la crainte d'un remplacement total que dans l'acquisition rapide des compétences nécessaires pour collaborer efficacement avec ces nouvelles technologies au quotidien.
Plusieurs branches professionnelles ont entamé des négociations spécifiques pour encadrer ces transformations, en particulier sur les questions de formation obligatoire et de reconnaissance des nouvelles compétences acquises, dans l'espoir d'anticiper les tensions sociales que pourrait engendrer une transition mal accompagnée vers ces nouveaux modes de travail.